DERNIER ADIEU AUX CLOCHES DE LA VIEILLE EGLISE (baptistère)


     extrait du journal le Glaneur du 15 juillet 1893

Les nouvelles cloches sont baptisées. D'autres vous diront les splendeurs de la fête. Moi, j'ai le culte du passé et veux adresser un dernier adieu aux vieilles cloches de la vieille église ; demain peut-être nous les entendrons pour la dernière fois.

     Salut à vous, ô nos vieilles amies qui, depuis un siècle, sonnez pour nos joies et nos douleurs ! Salut à vous qui, depuis un siècle, annoncez en un gai carillon le mariage des jeunes époux et la naissance de nos enfants ! Salut à vous qui, depuis un siècle, tintez le glas funèbre aux obsèques de nos parents vénérés ! Salut à vous enfin, messagères de victoire, qui, dans votre jeunesse, avez sonné aux quatre coins du ciel le triomphe de nos armes :Arcole, Rivoli, Marengo, Austerlitz, Iéna, Que sais-je encore ? Vous aussi, de vos voix de bronze, vous avez chanté l'épopée ! Vous avez raconté nos gloires, vous avez pleuré nos revers. L'épopée est terminée. Aux chants de victoire ont succédé des chants de deuil et de misère. C'est la retraite de Russie, c'est Leipzig, c'est Waterloo.

     Aux sombres jours de 70-71, vous avez sonné le glas funèbre de la Patrie mutilée. Depuis, vous avez simplement marqué les grandes étapes de notre vie : le baptême, la première communion, le mariage et la mort.
Et voilà qu'on va vous descendre de la vieille tour, usées, rouillées, flétries, presque mortes ; et ce n'est pas vous qui entonnerez le glorieux hosanna au jour béni de la Revanche et de la Victoire.

     Adieu donc, pauvres vieilles cloches, adieu.
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