Extrait du journal le GLANEUR du 25 mars 1893

Décès de M. Paul MOTTIER

     Le fondateur du Glaneur de la Manche, M. Paul Mottier, est mort.

     Honnête homme dans la vraie et la plus large acceptation du mot, il emporte dans la tombe l’estime et la considération de tous.
     Sous des dehors un peu brusques, souvent voulus, M. Mottier cachait un cœur d’or, d’une extrême sensibilité, également accessible aux sentiments les plus enthousiastes et les plus généreux.

     Nul n’avait l’oubli plus facile. Malgré les basses attaques dont il fut l’objet, malgré les calomnies dont il fur parfois abreuvé, hâtons-nous de le proclamer à sa louange, il n’usa pas de représailles et ne consentît jamais à ouvrir les colonnes de son journal à une polémique injurieuse. Parcourez la collection du glaneur et nulle part vous ne trouverez trace d’une insulte personnelle envers qui que ce soit.

     Le Glaneur de la Manche était son œuvre et à juste titre, il en tirait fierté. Créer dans un chef lieu de canton une simple feuilles d’annonces, très modeste au début, et la voir, au bout de quelques années, élever son tirage à prés de trois mille exemplaires est un fait assez rare pour devoir être signalé.

     Intègre et probe, inaccessible aux misérables questions d’argent, M. Paul Mottier tenait à conserver au Glaneur son caractère de neutralité. Avec une obstination raisonnée, il refusa toujours les offres, ouvertes ou plus ou moins déguisées, qui lui furent faites de céder la propriété de sa feuille pour le transformer en un journal de combat. Homme de labeur et de paix, il avait horreur de la bataille.

     Très tolérant, respectant les opinions des autres, mais demandant en échange que l’on respectât les siennes, profondément croyant, il n’eût jamais souffert dans le Glaneur la moindre insinuation malveillante contre la religion catholique, qui l'avait accueilli à son berceau et dans le sein de laquelle il voulu mourir.

     La mort de Madame Motier, si cruellement enlevée à son affection, lui avait porté un coup funeste. Le gai sourire d’autrefois avait cédé sa place à la noire mélancolie. A son foyer désert, le cher souvenir de la dévouée compagne de sa vie hantait sans cesse son esprit et le couvrait d’un voile d’indicible tristesse.

     Dernier représentant d’un passé disparu, dont sa mémoire fidèle se complaisait à retracer le côté anecdotique, ave lui s’envolent les récits du vieux temps qui, sortant de la bouche de Paul Mottier, avaient une autre saveur, et empruntaient à sa façon de raconter une note bien personnelle.
Henri Datin

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