Le bateau lavoir




     Il existait à Saint-Hilaire, dans le bas de la rue d'Avranches, une structure que l’on appelait : le bateau lavoir, où ceux qui n'avaient pas de laveuse attitrée, venaient déposer leur linge.
C’était une petite entreprise établie en bordure de l'Airon. Les patrons y avaient leur maison au sous-sol de laquelle se trouvait un local appelé : la pucerie. C’est là qu’on faisait ‘’sauter les puces’’ c’est-à-dire qu’on triait le linge, qu’on le faisait couler ( autrement dit :bouillir ) et qu’on le lavait. Plusieurs lessiveuses étaient en batterie et trois personnes étaient employées à demeure. Comme le disait ces dames, la ‘’ sauce ‘’ était parfois bien noire car le linge arrivait parfois fort sale, surtout les vêtements de travail qu’on ne changeait pas tous les jours.

     Les laveuses étaient bien méritantes car c’était un travail très dur : on mettait d’abord le linge à tremper ‘’ essanger ‘’ comme on disait et on commençait à brosser et savonner les morceaux les plus sales. On le faisait bouillir ensuite dans des lessiveuses à champignon pendant deux heures au moins . Après, parfois on passait le linge blanc à l’eau de javel ou on utilisait des boules de bleu – c’était selon .Ces opérations accomplies on passait au rinçage. Ce travail s’effectuait, dans le cas de notre bateau-lavoir, à la rivière, au bord de laquelle était installée une espèce de radeau. C’était une plate-forme de bois reliée à la rive par une installation de potences et de chaînes – ce qui permettait de la mettre au niveau des eaux en période de pluies par exemple ou au contraire de sécheresse.

     Pour ce rinçage, chaque laveuse avait sa place et son matériel : une boîte à laver, appelée carrosse dans laquelle il y avait de la paille et qui lui servait à s’agenouiller pour être au plus près de l’eau ; une planche sur laquelle elle savonnait et brossait ses pièces de linge avec une brosse en chiendent ; un battoir avec lequel elle battait le linge pour en extraire l’eau et le rendre moins rude. Il fallait un sacré coup de main pour jeter les draps à l’eau afin que le rinçage soit optimal , en prenant bien soin qu’il n’échappe et parte au fil de l’eau, comme c’était le cas parfois. Dans ce cas là, solidarité oblige, chaque laveuse ,armée d’une trique courait le long de la rivière pour récupérer le morceau évadé.

     Les hôtels étaient les meilleurs clients de ce bateau lavoir. Un employé apportait les ballots de linge et il le récupérait lavé, séché , plié mais non repassé.

     A côté, mais dépendant de la même propriété, il y avait un lavoir traditionnel à 5 places, mais là, pour l’utiliser, il fallait payer :une boîte était fixée à un pommier et on devait mettre les sous dedans. Cependant, n’importe quelle laveuse n’y avait pas son entrée. Elles étaient laveuses professionnelles et avaient leur clientèle attitrée – il n’aurait pas fait bon prendre leur place ! d’ailleurs leurs carrosses restaient au lavoir à longueur d’année.

     Bien entendu, et comme il se doit, c’est là que se colportaient les petits potins car, au bateau lavoir, comme en tout autre lavoir, ces dames avaient la langue bien pendue !

     Au nombre des clients, on comptait ‘’ l’hôtel de la Poste ‘’ ; chaque semaine, c’est une branlée de linge qui partait à la lessive : nombre de draps, de serviettes, de nappes, de torchons, de tabliers, sans compter les effets personnels tant des patrons que des employés, qui étaient nombreux : filles de cuisine, filles de salle, lingères, femmes de ménage , garçon d’écurie . Il y avait aussi un petit arpette employé à diverses tâches.

     René s’en souvient encore ! Il avait 13 ans quand il a été embauché et entre autres corvées, c’est à lui qu’incombait celle d’emmener le linge à laver au bateau lavoir avec le camion à bras. Les filles de l’hôtel l’aidaient au chargement et partaient avec lui pour décharger, une fois arrivés sur place. Inutile de dire que tout cela se passait dans la rigolade car tout ce monde là était jeune.

     Un beau jour, le p’tit René, comme tout le monde l’appelait est parti comme de coutume avec son camion à bras bien chargé, les filles à ses trousses et tout guilleret. C’était une belle aventure que d’avoir les filles de l’hôtel à ses côtés et il commençait à fanfaronner – devant les copains, ça faisait bien !, alors, il faisait un peu de zèle.
Donc, voilà le convoi en route, à belle allure car on attaquait la pente, et dans la bonne humeur. Tout à coup, le P’tit René, entraîné par le poids, a perdu le contrôle et raté le virage de la petite rue Roger. Patatras, voilà le chargement à bas et le limon cassé…..Catastrophe !!!

     Pour l’heure, ce n’était pas trop grave, car le linge était sale donc un peu plus, un peu moins…….et puis, les filles étaient là pour l’aider à continuer le chemin cahin-caha jusqu’au lavoir, mais comment annoncer l’affaire à la patronne ? il en était mort de trouille p’tit René.

     Quand au retour, il bredouilla que le limon était cassé parce qu’il avait raté le virage et qu’il avait atterri dans le mur, la patronne le regarda et sur le ton de la plaisanterie lui dit ‘’ Mais fallait serrer les freins p’tit René ‘’

     " J’pouvais, pas Madame, y’en avait pas ", a seulement pu répondre notre héros du jour, un peu penaud, devant les filles qui se tordaient de rire après avoir craint l’orage elles aussi.
Inutile de dire qu’on s’en est souvenu longtemps de cet épisode et que René s’en souvient encore !.



Recette du savon




     Nos aïeules ont connu des périodes troublées où les denrées étaient rationnées. Il fallait donc se débrouiller tant bien que mal : on faisait son pain et sa galette, on salait le cochon au charnier, on fumait andouilles et jambons. Il arrivait même qu’on doive faire son savon ! En voici une recette :

     Faire dissoudre 500grs de soude caustique dans 7.5 litres d’eau- ajouter 3.5 kgs de graisse et cuire le tout à très petit feu pendant 3 heures, en remuant de temps en temps. On peut vérifier si le mélange a suffisamment bouilli en en versant quelques gouttes dans de l’eau à ébullition : si elles se dissolvent rapidement, le savon est prêt.

     Avant qu’il ne refroidisse, on y ajoute 500 grs de sel. Celui-ci se séparera de l’eau par précipitation et tombera au fond du récipient mais en durcissant le savons. On se débarrasse de l’eau salée et on verse le savon dans des moules en bois doublés de toile, qui seront humidifiés avant le moulage.

     Après 24 heures passés dans le moule, le pain de savon peut être ôté à l’aide de la toile, et découpé en morceaux avec un fil de fer.

     Avant qu’il ne durcisse, on peut y ajouter n’importe quel parfum ou colorant de son choix à condition toutefois que ce dernier ne contienne pas d’alcool, sinon le savon serait perdu.

     Au bout d’une quinzaine de jours, il est bon à utiliser, mais comme le vin, il mûrit et sera encore meilleur 6 mois plus tard.

     Il doit être rangé à l’air libre à l’abri des fumées et du sel.

     (extrait de : Arts et traditions de la maison de John Seymour- éditions du Chêne)

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