LECHAT
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Saint Symphorien des Monts,
l'histoire d'un chat, d'un rabat et d'un bréviaire !


     Avant-guerre, les rapports entre le clergé et la population étaient parfois emprunts d'aigreur, la séparation de l'Eglise et de l’Etat ayant accru les divisions entre les classes sociales. En 1921 la petite commune de St-Symphorien-des-Monts, relevant du doyenné du Teilleul, vit arriver (jusqu'en 1934) l'abbé Lechat, et son nom pouvant prêter le flanc à quelques plaisanteries faciles. A tel point que le doyen du Teilleul, prudemment, et n'osant le nommer, se contenta de signaler en chaire l'arrivée dans la paroisse du " vicaire de Barenton ", paroisse dont il provenait effectivement.

     Mais le bon abbé Lechat qui en avait vu d'autres à l'école, et même au séminaire savait en rire à l'occasion. Un jour, le bas de la soutane qu'il portait ample et longue comme les prêtres de l'époque, se prit dans les rayons de sa bicyclette. Il perdit… les pédales, au sens propre du terme, et se retrouva en fâcheuse position, cul par dessus tête, renversé dans le bas-fossé. Rompu de plaies et bosses, il appela à l'aide quelque bon samaritain, mais comme il le raconta plus tard avec humour " pas le moindre chat sur la route, sauf celui qui gémissait dans le fossé " !

     En 1926, à l'occasion d'une Mission, il fut question de remplacer la vieille cloche. Le curé Lechat, un peu porté sur l'emphase, s'entêta alors d'avoir non pas une cloche, mais deux, ce qui n'était guère raisonnable, le clocher étant plutôt exigu. Malgré tous les conseils il ne voulut pas en démordre, fut sans doute persuasif auprès du comte de Rougé maire de l'époque et protecteur du lieu car il obtint ses deux cloches, solennellement bénites ensuite par l'archiprêtre de Mortain. Mais leur sonnerie, plus aigrelette que la grosse cloche d'antan déplut à quelques mauvaises langues de la paroisse qui leur trouvèrent vite un surnom tout trouvé vu la néfaste insistance de leur promoteur…les miaulettes !

     Le bon pasteur en conçut quelque aigreur, d'autant que le climat de l'époque n'était plus au temps de l'Eglise rayonnante. Au civil, le canton était tenu par les " radicaux " qui " bouffaient du curé " à tout bout de champ, et l'abbé Lechat, qui ne manquait pas d'esprit de répartie savait leur répondre par l'entremise de tribunes adroites et pleines de sel dans les journaux locaux, le Mortainais, et bien sûr le Glaneur, ancêtre de notre Gazette de St-Hilaire. Une feuille, par bonheur toujours de ce monde et dont tant de gens ont encore plaisir à parcourir les colonnes.

     A St-Symphorien même, le plus curieux était qu'un des opposants les plus acharnés de la cure, se trouvait s'appeler Monsieur…Bréviaire ! Un nom qui aurait plutôt dû le porter n'est-ce- pas vers les choses de l' Eglise…Or il arriva qu'un jour, le Père Lechat, son zèle apostolique le poussant sans doute de nouveau, comme on l'a vu précédemment par les chemins, à des excès de vitesse sur son cheval d'acier, en perdit son rabat. Et hasard de l' histoire, ce fut ce M.Bréviaire qui le ramassa…pour le mettre, par dérision bien sûr, au cou de son matou ! Le père curé, c'est le moins qu'on puisse dire trouva la farce d'un goût douteux. On parla un moment de plainte, et d'aller même porter le litige devant le juge de paix de Mortain. Heureusement, un excellent notaire qui était sinon pour la paix des ménages, mais bien pour celle de la juridiction s'entremit habilement. Le père curé obtint, après de subtiles tractations, le retour de son rabat qui avait donc orné un moment le col d'un autre…le chat…mais point hélas, celui de ce Monsieur Bréviaire parmi son troupeau. Ce qui, avouons-le, aurait été juste retour des choses, et belle conversion !

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