La journée d’un écolier dans les années 50




     Dans nos petites communes rurales, l’école se trouvait, et se trouve encore souvent juste à côté de la mairie, et il arrivait que l’instituteur cumule, avec son activité d’enseignant, celle de secrétaire de mairie.

     Les locaux consistaient en une ou plusieurs classes selon l’importance de la population . Quelquefois, une classe suffisait car l’instituteur ou l’institutrice était en charge de l’ensemble des élèves, toutes sections confondues – allant de la plus petite classe jusqu’au certificat d’études.

     Intérieurement, toujours le même schéma : l’estrade sur laquelle se trouvait le bureau de l’enseignant, avec, derrière, le tableau noir , les craies et la brosse de feutre.

     Au mur, étaient affichés :les tables de multiplication et de division, la carte de France avec les départements (que l’on connaissait par cœur) les régions et les comptoirs français, l’anatomie du corps humain, et quelquefois l’atlas mondial. Parfois, dans un coin, on pouvait voir un herbier ou encore un squelette de lapin reconstitué.

     Tout ce que l’on jugeait nécessaire à une bonne instruction……

     Autre élément incontournable : le poêle à bois et charbon qui trônait là, bien en vue avec son tuyau spiralé, traversant parfois toute la pièce pour arriver au trou d’évacuation. De place en place, des boîtes de conserves étaient accrochées – une merveille ! mais qui s’avéraient indispensables, là où il y avait des coudes et des raccords si on voulait éviter les fuites que produisait la condensation. Super la déco comme on dirait maintenant …….

     En hiver, le premier travail consistait à allumer le fameux poêle – tâche qui incombait aux élèves à tour de rôle – sauf aux petits bien sûr qui se contentaient de regarder pour savoir faire quand leur tour viendrait.

     L’entrée en classe des écoliers avait lieu à 9 heures le matin pour que les élèves de la campagne aient le temps de faire le trajet à pied (3-4 kilomètres, voir plus !) et cela se passait dans l’ordre et la discipline. Le cérémonial était partout le même : dire bonjour au maître ou à la maîtresse , se mettre en rang par deux , subir l’inspection des cheveux (à cause des poux) et des mains (pour la propreté), franchir la porte de la classe sans précipitation , ensuite gagner sa place, et debout, attendre l’autorisation de s’asseoir.

     Les bureaux de bois étaient tous identiques, plus ou moins maculés de taches violettes, avec l’encrier de porcelaine blanche logé à droite – on était tous droitiers….. mais si ! pas de gauchers dans la classe, un point c’est tout. Il fallait impérativement se servir de sa belle main sinon un coup de règle sur les doigts du malheureux gaucher le rappelait douloureusement à l’ordre.

     Quand tout le monde était installé, on commençait, selon le jour, par la leçon de morale ou l’instruction civique qui avaient pour but d’enseigner les droits et devoirs de tout être humain et de tout citoyen – la France étant un Etat, et les Français des citoyens. Chaque jour, une maxime était écrite au tableau ayant trait à la vie familiale, à la vie en société, à l’instruction, aux règles de vie corporelle, à la patrie, etc…..

     C’était, par exemple :
  • Il faut toujours obéir à sa conscience
  • N’oublie pas ton origine et ne rougis jamais de tes parents
  • Rendre heureux son vieux père et sa vieille mère est le plus doux des devoirs
  • L’instruction est un trésor, celui qu’on emporte toujours avec soi ; il faut en faire bon usage
  • La politesse est un fonds qui ne coûte rien et rapporte beaucoup
  • Il n’est si bon pain que celui qu’on a gagné
  • Le respect de la loi est le premier devoir du citoyen ; sans la loi il n’y a que la force etc……
     On passait ensuite à la dictée, souvent en rapport avec le thème de la morale, puis à la grammaire. Après la récréation, c’était place au calcul qui faisait une large place au calcul mental- une véritable gymnastique du cerveau que certains maîtrisaient parfaitement, d’autre beaucoup, beaucoup moins….

     A midi, ceux du bourg rentraient chez eux pour le repas. Les autres, selon le cas mangeaient à la cantine (s’il en existait) ou à l’épicerie-café du bourg.

     L’après-midi, on attaquait selon les jours, l’histoire et la géographie ou les sciences naturelles et on faisait la pause récréation de l’après-midi. On se dégourdissait les jambes en jouant à la marelle, à saute-mouton, à colin maillard, en sautant à la corde - les garçons préférant souvent les billes et les osselets quand ce n’était pas la bagarre. Il y avait forcément toujours des caïds.

     Le sport, par contre, on ne connaissait guère et on terminait la journée de classe par la récitation, le chant ou les travaux manuels pour les filles, qui étaient pris en compte pour le certificat d’études.

     A 5 heures de l’après-midi, la cloche sonnait, libérant ainsi les écoliers. Certains rentraient chez eux, d’autres restaient à l’étude pour faire les devoirs – les parents savaient qu’ils ne faisaient pas les imbéciles !

     Voilà à quelque chose près, à quoi ressemblait une journée d’école jusque dans les années 1955 – 1960 . On était fier alors de finir sa scolarité à 14 ans avec le certificat en poche. Pour les plus doués que l’instituteur jugeait apte à poursuivre les études et pour les enfants dont les parents avaient une belle situation, la scolarité dans la bourgade s’arrêtait à 11 ou 12 ans. Ils partaient alors en pension pour obtenir le brevet élémentaire – ce qui était déjà bien – ou le baccalauréat pour ceux qui visaient une carrière de médecin, de pharmacien, de notaire, d’avocat, de professeurs etc….

     J’ai encore oublié de vous préciser qu’à cette époque là, la blouse était obligatoire, les filles ne portaient pas encore les pantalons et les cabinets d’aisances, rustiques se trouvaient……..au fond de la cour.


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