Deux familles de Saint Hilaire du Harcouët à l’honneur.

     Des petits enfants ont souhaité que le courage de leurs grands parents soit reconnu.

     C’était pendant la 2ème guerre mondiale de 1942 à 1945 deux jeunes juifs ont été accueillis :
     Bertille : chez Mr et Mme Armand et Marie Thérèse PIEL, habitant place Nationale, et, Lewis, son frère : chez Mr et Mme Marcel et Angèle BODIN, habitant la Goberie. Ils l’ont fait à la demande de la Croix Rouge malgré le risque que cela comportait.

     Dès la libération de la Hollande Bertille et Lewis sont repartis retrouver leur famille. Leur père était décédé à Auschwitz, mais leur mère malade est revenue et a vécu quelques années.

     L’État d’Israël leur a fait l’honneur du titre de : JUSTES parmi les Nations, pour avoir sauvé au péril de leur vie des personnes juives sous l’occupation.

     Le 8 juin 2010 la médaille de JUSTES à titre posthume a été remise à leurs petites filles par un Diplomate près de l’Ambassade d’Israël à Paris, pendant la cérémonie les petites filles sont intervenues et voici quelques extraits :

     « Nous n’avons jamais parlé des raisons qui avaient motivé mes grands parents à accueillir Bertille chez eux ; nous n’en avons pas eu l’idée ; ils l’avaient accueillie naturellement et c’était tout ; parce que l’opportunité et la nécessite s’en étaient présentées ».

     « La guerre finie, nous avons continué de nous voir régulièrement et c’est donc une amitié de plus de 65 ans avec les Gans et les Da Silva Curiel que nous célébrons aussi aujourd’hui ».

     « Ce qui me semble le plus formidable et le plus important : la solidité des liens qui se sont noués et la volonté de perpétuer et transmettre le souvenir. Celui des horreurs commises dans le passé, de la nécessité d’empêcher qu’elles ne se reproduisent, la conscience qu’il en est de notre responsabilité et la confiance dans les hommes et les femmes de bonne volonté ».

     « Je veux ajouter que sont également présents ce soir d’autres parents et amis dont la famille habitait Saint-Hilaire pendant la guerre ; ils savaient qui était réellement Bertille et où elle se cachait et ils n’ont rien dit. Eux aussi sont des Justes et eux aussi doivent être remerciés ».

     Leurs noms seront gravés sur le mur d’honneur dans le jardin des Justes parmi les Nations à Yad Vashem Jérusalem.

Bertille
De gauche à droite : la femme de "Lewis" - Branca(Bertille) - Yvonne Bodin, fille de Marcel et Angèle Bodin - et la représentante d'Israêl
Discours prononcé par Elizabeth Piel-Denieul
Le 8 juin 2010.

     Madame la ministre, chers amis et parents,

     Déjà grand’mère, c’est pourtant en tant que petite-fille que je prends la parole devant vous ce soir.
Pour rappeler le souvenir de nos grands-parents paternels, Armand et Marie-Thérèse Piel-Potrel à qui l’Etat d’Israël fait l’honneur du titre de Justes Parmi les Nations.

     Entre 1942 et 1945, ils ont en effet recueilli chez eux Branca Gans, notre Bertille, une toute jeune fille juive originaire des Pays Bas que les hasards et les horreurs de la guerre avaient conduits jusqu’à Saint-Hilaire du Harcouët. Notre grand-père était officier à la retraite et il partageait avec son épouse une foi Catholique profonde.

     Je n’ai pas connu mon grand-père, décédé peu après ma naissance mais je me souviens très bien de ma grand-mère pour avoir séjourné plusieurs fois chez elle. C’est là que j’ai connu Bertille qui, rentrée à Amsterdam avec son frère après la guerre avait eu la joie et la chance de retrouver sa Maman mais qui revenait régulièrement en France rendre visite à celle qui resterait toujours une figure maternelle pour elle.

     Nous n’avons jamais parlé des raisons qui les avaient motivées à accueillir Bertille chez eux ; nous n’en avons pas eu l’idée : ils l’avaient accueillie naturellement et c’était tout ; parce que l’opportunité et la nécessité s’en étaient présentées.

     Et c’est tout aussi naturellement que j’ai considéré Bertille un peu comme une tante et que je l’ai présentée à nos filles par la suite.

     Il est possible que mes grands-parents aient fait preuve de courage, qu’ils se soient mis en danger mais accueillir Bertille n’a cependant pas été difficile, j’en suis persuadée. Outre que nourrir une bouche supplémentaire à la campagne était plus aisé qu’en ville, la présence de Bertille a été pour eux une source de grande joie : ils n’avaient que 4 fils déjà partis pour leurs études et elle jouait bien du piano, était jolie et gaie, en un mot « adorable » !

     Elle a toujours gardé le lien, entretenu le souvenir. Reconnaissante à la France, elle a insisté pour que son mari et son fils apprennent le français, elle nous a aussi manifesté sa reconnaissance en procurant à mon père un médicament non encore autorisé en France pour sa mère. En mai 68, elle avait même organisé un véritable plan de sauvetage pour toute notre famille, croyant la France à feu et à sang !

     C’est cela qui me semble le plus formidable et le plus important : la solidité des liens qui se sont noués et la volonté de perpétuer et transmettre le souvenir. Celui des horreurs commises dans le passé, de la nécessité d’empêcher qu’elles ne se reproduisent, la conscience qu’il en est de notre responsabilité et la confiance dans les hommes et les femmes de bonne volonté.

     Notre file Raphaële a eu la chance de participer récemment au voyage organisé par la Fondation France-Israël présidée par madame Nicole Guedj à Jérusalem et Tel Aviv avec d’autres descendants de Justes. Elle en est revenue avec le sentiment partagé par eux tous de l’opportunité et de la responsabilité qui découle de cet héritage.

     Et c’est dans cet état d’esprit que nous sommes fiers et heureux aujourd’hui de recevoir cette médaille au nom de nos grands-parents.

     Je veux ajouter que sont également présents ce soir d’autres parents et amis dont la famille habitait Saint-Hilaire pendant la guerre ; ils savaient qui était réellement Bertille et où elle se cachait et ils n’ont rien dit. Eux aussi sont des Justes et eux aussi doivent être remerciés.

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